A chaque fois que je rencontre une personne veuve je retrouve le même fil conducteur, les mêmes blessures et je sais que le mot est bien trop faible pour traduire la réalité.

« J’ai vécu avec l’homme de ma vie, je n’en aurai pas d’autre ». En général cette phrase vous la prononcez en vous redressant et en me fixant bien droit dans les yeux. C’est votre combat. Il n’est plus là alors vous lui devez bien ça.

Vous avez tellement peur de le trahir, et s’il vous voyait de là-haut ? c’est peut-être bête mais qui n’y a pas pensé au moins une fois ?

Vous avez tellement de souvenirs en commun, de petites habitudes qui faisaient votre bonheur alors que vous ne le saviez pas encore. Il laissait trainer ses affaires, il rentrait avec ses chaussures pleines de terre ! qu’est-ce que ça vous a agacé ! Si quelqu’un vous avait dit que cela vous manquerait un jour… vous lui auriez ri au nez, et pourtant….

Il est parti, depuis combien de temps déjà ? 1 an, 2ans, 3ans…. bien plus, peu importe, vous avez arrêté de compter. La maison est vide et silencieuse. Au début vous aviez l’impression de le voir passer, le cerveau a ses habitudes et vous jouait de mauvais tours.

Vous avez lutté pour ne pas perdre la tête et puis vous vous en êtes voulue. Vous n’auriez pas dû.

Vous n’auriez pas dû : le laisser prendre toutes les décisions, s’occuper des papiers, vous emmener partout où vous en aviez besoin. C’était bien confortable et puis c’était comme ça. Vous étiez devenue sa moitié, vous étiez tellement complémentaires. Inutile de parler, un simple regard et vous saviez ce qu’il pensait et vice versa.

Vous avez vécu quelque chose d’exceptionnel, même si ça fait mal aujourd’hui vous pouvez vous sentir reconnaissante pour ce cadeau de la vie. Certains n’auront jamais cette chance.

En tous cas aujourd’hui ce que vous voyez c’est que vous êtes perdue, tout vous fait peur, chaque décision à prendre est une épreuve insurmontable.

Les enfants ont leur vie et eux aussi ont leur peine à surmonter, pourquoi leur en rajouter ?

Les gens sont distants parce-que tant qu’il était là vous vous suffisiez à deux. Vous n’avez pas entretenu votre cercle d’amis.

Aujourd’hui vous vous retrouvez seule face à vous-même. Vous ne savez plus qui vous êtes vraiment. La plupart du temps vous faisiez les choses du quotidien en rapport avec ce qui faisait plaisir à votre conjoint. Vous étiez heureuse comme ça, c’était un équilibre, votre équilibre à tous les deux.

Vous ressentez une telle injustice. Pourquoi lui ?

J’ai souvent assisté à cette détresse lors de mes entretiens. Je suis en face de vous et il est là avec nous dans la pièce. Sa photo occupe une place centrale sur un meuble.

Vous m’affirmez haut et fort avec tout de même quelques trémolos dans la voix et un voile humide au bord des yeux que vous ne voulez pas d’un autre homme dans votre vie.

Hors de question de mettre un homme dans votre lit et dans cette maison où il est encore tellement présent.

Il ne faut pas oublier que c’est toute une vie qui est brisée.

Je vous laisse exprimer cette vague déferlante d’amour, de peine, de colère. Vous pouvez vous confier et déverser ce trop-plein qui déborde et qui fait tellement mal. Les larmes coulent, elles connaissent le chemin sur vos joues, il ne faut pas les retenir, elles nettoient pour un jour vous permettre de vous sentir apaisée. Je vous écoute, je vous entends, je vous comprends, je vous accompagne.

A ce stade de votre parcours je ne peux que vous féliciter. Il vous a fallu un tel courage pour m’appeler et franchir ce pas. Parfois il faut souffrir un peu plus pour ensuite aller mieux à l’image de l’abcès qu’il faut percer pour mieux désinfecter à l’intérieur. Lors de l’entretien je vous incite à aller au fond des choses, donc évidemment ça vous remue, mais c’est pour avancer.

Vous avez tellement mal. Cette routine quotidienne. Ces petites habitudes qui ponctuaient votre vie à deux. Aujourd’hui plus rien ne tourne comme avant.

Vous voulez vous en sortir, vous voulez aller mieux. Parce-que c’est ce qu’il aurait voulu pour vous. Parce-que vous avez des enfants et des petits enfants.

J’ai beaucoup réfléchi à la façon de vous aider. Je dois vous aider à avancer dans le processus de deuil. Chacun avance à son rythme selon son caractère et la vie qu’il a eu. Je m’adapte, je vous bouscule parfois un peu mais avec beaucoup de douceur et de bienveillance.

Ce qui fonctionne très bien et qui vous aide à avancer assez efficacement consiste à vous faire rencontrer une autre personne ayant vécu le même drame.

Vous pouvez vous parler à cœur ouvert. Qui d’autre peut comprendre mieux qu’une personne ayant traversé la même souffrance ?

Vous allez tisser des liens et vous serez rassurée de voir que vous n’êtes pas seule. Ce que vous ressentez les douleurs les peines d’autres les traversent aussi.

Et puis un jour vous me dites « Ingrid, je suis prête » Vous êtes prête à rencontrer un ami. « On sera juste amis » « on vivra chacun chez soi » « on aura chacun sa chambre » « je lui ferai des petits plats, il me fera du bricolage »

A ce moment vous avez gravi une marche énorme ! Rien n’est encore gagné. Il reste des pièges a déjouer, vous allez rechercher votre mari chez ce nouveau compagnon et il va falloir accepter que c’est impossible. Nous avancerons pas à pas, main dans la main jusqu’au jour où vous arriverez à trouver ce réconfort et la tendresse qui vous manquait. Vous y avez droit. Vous allez tous les deux regarder devant vous et décider de continuer ce bout de chemin aussi paisiblement que possible.

Vous allez veiller l’un sur l’autre, vous aurez des petits gestes attentionnés vous allez écrire une jolie histoire dans le respect du passé de chacun.

Vous n’aurez rien à vous reprocher, vous n’aurez trahi personne. Vous méritez de vivre en paix et en harmonie. Vous avez le droit de rire et de recevoir de la tendresse.

Laissez-moi vous aider avec bienveillance et respect.